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Quand il ne se faisait pas appeler Rockefeller, il se
faisait parfois passer pour un Suisse. Mais c’est aux Etats-Unis |
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| Par Arnaud Bédat - 9 mai 2001 |
photos: Swiss Press, A. Magnani / Gamma, Don Camp, BCTV / Gamma | |
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Tour à tour, au gré des interlocuteurs, il est boxeur, producteur, agent
immobilier, financier, coureur automobile, agent du FBI, peintre. Il se dit
Suisse ou parfois Belge. Il revendique aussi des filiations avec le producteur
Dino de Laurentiis ou la dynastie Rockefeller et proclame avec assurance qu’il
est un des meilleurs amis de Bill Clinton et très proche de la famille royale
d’Angleterre. Mais Christophe Rocancourt, 33 ans, beau gosse BCBG, est surtout
un «entourloupeur» de première et un beau parleur qui a compris mieux que
quiconque les profits que l’on peut tirer de la crédulité humaine. Plus
c’est gros, plus ça marche. Et il en est l’éclatante démonstration.
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La juste fin d’une cavale dorée |
Dans son style, c’est un personnage de roman. Et sans doute le futur héros d’un film à la sauce made in Hollywood. Les téléspectateurs de CNN ou d’ABC News connaissent désormais tous les détails de son incroyable épopée délictueuse à travers les Etats-Unis. Il faut bien reconnaître que tous les ingrédients sont réunis dans son histoire pour tenir le public en haleine. Tout est démesuré dans l’itinéraire de Christophe Rocancourt. La frime, les soirées, les top models, les belles voitures. On le croise avec la jet-set hollywoodienne. Il fréquente notamment Mickey Rourke et, dit-on, Jean-Claude Van Damme, avec lesquels il aurait été un temps en affaires. Il a utilisé une dizaine d’identités différentes, comme Christopher Rockefeller, Christopher Fabien Ortuno, Christopher Lanencourt… Marié à un ancien top de Playboy d’origine philippine, Pia Maria Reyes, dont on peut se régaler des images dénudées sur le net, ce séducteur mène grand train. Il roule en Ferrari, descend au Beverly Whilshire Hotel, celui de Richard Gere et Julia Roberts dans Pretty Woman, où il loue une suite à l’année. Son truc pour appâter les gogos? Repérer, le plus souvent dans des soirées mondaines, les futures proies qui ont un rapide besoin d’argent: «Je te trouve la somme que tu cherches grâce à X ou Y, mais je prends 10%.» La commission est évidemment versée, aveuglément, avant même que l’argent promis arrive, et l’aigrefin s’envole vers d’autres aventures… Un système éprouvé qu’il répète à l’infini et qui fonctionne sous toutes les latitudes, de Los Angeles à New York. Et, même en Thaïlande, il échafaude un projet immobilier si crédible qu’il est reçu comme un nabab. Son palmarès, selon le FBI, se chiffrerait à «plusieurs millions de dollars».
Né à Honfleur (Normandie), abandonné par sa mère, un père maçon à
Lisieux, l’adolescence de Christophe Rocancourt est faite d’une suite de
petites escroqueries. En 1991, il débarque à Los Angeles, du rêve américain
plein la tête. Ses premières combines ne volent pas haut, mais le personnage a
de la suite dans les idées et beaucoup d’ambition. Du misérable motel de ses
débuts, il passe vite aux cinq-étoiles feutrés. En 1993, il est arrêté à
Dallas pour avoir écoulé de faux jetons dans un casino de Las Vegas. On
s’aperçoit qu’il est recherché par la Suisse qui a émis un mandat d’arrêt
international. Extradé à Genève, il ne passera que quelques mois derrière
les barreaux. Avant d’être relaxé par le juge Daniel Dumartheray. Pas de
preuve: on le soupçonne d’avoir joué deux ans plus tôt le rôle de guetteur
dans le hold-up de la bijouterie Bucherer à la rue du Mont-Blanc, mais on
n’arrive pas à le confondre. Il est libéré. «Je n’ai été en face de
lui que quelques minutes dans le bureau du juge d’instruction, se souvient
Maaike van Putten, l’employée du magasin qui avait été prise en otage. Lors
de la confrontation, j’ai dit que je ne l’avais pas vu ce jour-là dans la
bijouterie, mais il pouvait très bien être dehors. Rocancourt avait alors été
malpoli et arrogant, il avait bondi: «Voyez, je vous avais bien dit que je
n’ai jamais vu cette femme!» On m’a dit ensuite qu’il avait écoulé une
partie du butin, notamment des Rolex, aux Etats-Unis. Je n’ai jamais compris
pourquoi on l’avait relâché.»
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Mickey Rourke, ancien boxeur et interprète du sulfureux «Neuf semaines et demie», a assidûment fréquenté l’escroc français. |
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«Je ne me considère pas comme un criminel, je vis avec mon imagination», lâche crânement le fugitif à un journaliste du New York Times qu’il appelle en pleine nuit au téléphone durant sa cavale. Mais le vent va tourner. Jeudi 26 avril dernier, des policiers débarquent dans un petit hôtel de Victoria, près de Vancouver, en Colombie-Britannique. Leur info était bonne: Christophe Rocancourt y séjourne bien avec son épouse et son bébé. Il est aussitôt arrêté. Selon la Gendarmerie royale du Canada, il est sous le coup d’accusations de meurtre aux Etats-Unis ainsi que de menaces proférées envers un enquêteur, de même que non-paiement d’une caution de 175 000 dollars. En 1997, en effet, arrêté en Californie pour des délits mineurs – faux passeport et possession d’arme –, il avait été libéré sous caution mais avait pris le large sans régler l’addition.
Le Canada, pour sa part, l’accuse aujourd’hui de fraude à l’endroit
d’un couple d’entrepreneurs de Vancouver qu’il aurait délesté de 163 000
dollars américains. Il est aussi accusé d’agression sexuelle sur une jeune
femme qu’il aurait séduite en se faisant passer pour un agent du FBI, puis
agressée sexuellement et menacée de mort si elle parlait. Des accusations «scandaleuses»
selon l’avocat Tim Russel qui aura en vain essayé d’obtenir la libération
sous caution de Christophe Rocancourt la semaine dernière en allant jusqu’à
s’engager lui-même à payer les frais de garde surveillée de son client.
Un «embobineur» pareil restera-t-il longtemps derrière les barreaux
outre-Atlantique ou réussira-t-il une fois encore à passer entre les mailles
du filet? Une seule chose est sûre: Christophe Rocancourt ne reviendra pas de
sitôt en Suisse. Libéré à Genève de toute accusation, il a tout de même été
interdit d’entrée jusqu’en… 2016.
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La preuve par le faux |
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L'avis de recherche officiel de Christopher Rocancourt (et tous ses
pseudos) et de ses complices: Le dossier de CourtTV, chaîne américaine spécialisée dans les
affaires criminelles et juridiques: Un article d'ABC News, célèbre network US: CourtTV: à télécharger, l'accusation contre "Christopher
Rockefeller" (19 pages): Les "honneurs" de "Vanity Fair" pour l'escroc
français en janvier 2001: Et aussi dans "People", avril 2000: Article du "Vancouver Sun" avec une interview de Pia Reyes,
2 mai 2001:
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